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Co-Gérant & Directeur formation
Publié le 17 novembre 2025 — Mis à jour le 16 septembre 2026
Chaque mois, Sébastien Paulin (co-gérant et directeur de la formation chez Climlab) partage une veille technique destinée à maintenir un haut niveau d’expertise au sein de notre équipe.
Désormais, cette veille vous est également accessible.
Pourquoi ?
Parce que nos clients, nos partenaires et tous les professionnels que nous formons méritent une information fiable, claire et actualisée.
Pour cette édition, nous revenons sur un sujet qui a beaucoup évolué depuis sa première publication :
👉 la dégradation des fluides HFO, la formation de TFA et leurs impacts environnementaux.
Les HFO sont notamment utilisés pour leur très faible potentiel de réchauffement global (GWP). Mais leur faible GWP ne suffit pas, à lui seul, à résumer leur impact environnemental.
Certains HFO peuvent se dégrader rapidement dans l’atmosphère et contribuer à la formation de TFA — acide trifluoroacétique, une substance particulièrement persistante et mobile dans l’environnement.
D’où plusieurs questions : les HFO contribuent-ils aux pluies acides ? Quel lien existe-t-il entre HFO, TFA et PFAS ? Et que nous apprennent les nouvelles données scientifiques et réglementaires de 2026 ?
Faisons le point, sans raccourci ni conclusion hâtive.
📖 Pour aller plus loin
Vous cherchez d’abord à comprendre ce qu’est un fluide HFO ?
Définition, GWP, inflammabilité, différences avec les HFC, réglementation F-Gaz…
→ Consulter notre guide complet sur les fluides HFO
Pour comprendre le débat autour de la dégradation des HFO, inutile de reprendre toute la classification des fluides frigorigènes. Deux notions sont essentielles : le TFA et les pluies acides.
C’est leur rapprochement qui est à l’origine d’une grande partie de la confusion.
Le TFA, ou acide trifluoroacétique, est une substance organique fluorée qui peut notamment se former lors de la dégradation atmosphérique de certains composés fluorés.
Certains HFO sont concernés. C’est notamment le cas du R1234yf, dont la dégradation atmosphérique peut conduire à la formation de TFA.
Une fois formé, le TFA est très soluble dans l’eau, persistant et mobile dans l’environnement. Il peut ainsi être transporté par les précipitations et rejoindre les eaux de surface, les sols ou les ressources en eau.
Mais attention : le fait que le TFA soit un acide retrouvé dans les précipitations ne signifie pas automatiquement qu’il provoque le phénomène que l’on appelle communément “pluies acides”.
C’est précisément cette distinction que nous allons expliquer.
Le phénomène historique des pluies acides est principalement lié aux émissions de dioxyde de soufre (SO₂) et d’oxydes d’azote (NOx).
Dans l’atmosphère, ces polluants peuvent réagir avec l’eau, l’oxygène et d’autres composés pour former notamment :
→ de l’acide sulfurique ;
→ de l’acide nitrique.
Ces composés peuvent ensuite être déposés au sol par la pluie, la neige, le brouillard ou sous forme de dépôts secs et participer à l’acidification des écosystèmes.
C’est ce phénomène, particulièrement médiatisé à partir des années 1970 et 1980, que l’on désigne habituellement par l’expression « pluies acides ».
Le raisonnement vient généralement d’un raccourci assez simple :
Certains HFO
↓
peuvent former du TFA lors de leur dégradation atmosphérique
↓
le TFA est un acide
↓
il peut être retrouvé dans les précipitations
D’où l’association parfois faite :
« acide dans la pluie = pluie acide »
Mais ces deux phénomènes ne doivent pas être confondus.
Le débat environnemental autour du TFA porte aujourd’hui surtout sur sa persistance, sa mobilité, son accumulation dans l’environnement et ses propriétés toxicologiques, et non sur une reproduction du phénomène historique des pluies acides.
Les HFO ont généralement une durée de vie atmosphérique beaucoup plus courte que les HFC traditionnels. Cette caractéristique contribue à leur très faible GWP.
Une fois émis dans l’atmosphère, ils peuvent subir différentes réactions d’oxydation et de dégradation photochimique. Les produits formés dépendent du fluide concerné : tous les HFO ne se dégradent pas de la même manière.
Le cas du R1234yf est particulièrement étudié. Sa dégradation atmosphérique peut conduire à la formation de TFA — acide trifluoroacétique.
Une fois présent dans l’atmosphère, le TFA peut être entraîné par les précipitations. Très soluble dans l’eau et très persistant, il peut ensuite rejoindre les eaux de surface, les sols et les ressources en eau.
Le mécanisme peut donc être résumé ainsi :
émission de certains HFO → dégradation atmosphérique → formation possible de TFA → dépôt par les précipitations
Mais un point est essentiel : les HFO ne constituent pas l’unique source de TFA dans l’environnement. D’autres substances fluorées, certains produits phytopharmaceutiques, des produits pharmaceutiques et certaines émissions industrielles peuvent également contribuer aux concentrations mesurées.
C’est pourquoi la présence de TFA dans l’environnement ne peut pas être attribuée automatiquement aux seuls fluides frigorigènes.
Non, pas au sens du phénomène historique des pluies acides.
Cette nuance est importante.
Les pluies acides sont principalement associées aux émissions de dioxyde de soufre (SO₂) et d’oxydes d’azote (NOx). Dans l’atmosphère, ces polluants peuvent notamment conduire à la formation d’acide sulfurique et d’acide nitrique, puis être déposés au sol par les précipitations.
La dégradation de certains HFO suit un mécanisme différent.
Certains d’entre eux, comme le R1234yf, peuvent contribuer à la formation de TFA, qui peut ensuite être retrouvé dans les précipitations et dans les milieux aquatiques.
Cela ne signifie pas pour autant que les HFO reproduisent le phénomène historique des pluies acides.
Présence d’un acide dans les précipitations ≠ phénomène des pluies acides.
En revanche, cela ne veut pas dire que le TFA est sans enjeu environnemental.
Le débat scientifique actuel porte davantage sur :
Le sujet a d’ailleurs évolué récemment : en juin 2026, le comité d’évaluation des risques de l’ECHA a recommandé de classer le TFA comme toxique pour la reproduction de catégorie 1B, mais également comme substance PMT (persistante, mobile et toxique) et vPvM (très persistante et très mobile).
👉 La bonne conclusion n’est donc ni “les HFO provoquent des pluies acides”, ni “le TFA ne présente aucun problème”.
Ce sont deux sujets environnementaux différents qu’il faut analyser séparément.
Le regard porté sur le TFA a évolué au cours des dernières années.
Le sujet ne se limite plus à savoir s’il s’agit d’un « acide faible » ou s’il peut provoquer des pluies acides. Les préoccupations actuelles portent surtout sur d’autres propriétés : sa très grande persistance, sa mobilité dans l’eau et son accumulation possible dans les ressources en eau.
Autrement dit, lorsqu’il est présent dans l’environnement, le TFA se dégrade très difficilement et peut être transporté sur de longues distances par l’eau.
En juin 2026, le comité d’évaluation des risques de l’Agence européenne des produits chimiques (RAC – ECHA) a adopté un avis recommandant notamment de classer le TFA comme :
L’ECHA précise notamment que les propriétés PMT et vPvM peuvent conduire à une contamination très durable et diffuse des ressources en eau.
Il faut toutefois apporter une nuance importante : l’avis du RAC n’est pas encore, à lui seul, une nouvelle classification harmonisée juridiquement applicable dans toute l’Union européenne. Il constitue une étape du processus européen de classification harmonisée ; la décision réglementaire relève ensuite du processus prévu par le règlement CLP.
Cela ne signifie pas non plus que les concentrations de TFA actuellement mesurées dans l’environnement provoquent automatiquement des effets sur la santé humaine ou les écosystèmes.
Danger d’une substance et risque réel d’exposition ne sont pas la même chose.
En revanche, ces nouvelles évaluations montrent pourquoi il n’est plus pertinent de résumer le sujet en disant simplement :
« Le TFA est un acide faible, donc il est peu préoccupant. »
Les connaissances évoluent, et le TFA fait désormais partie des substances dont la présence dans l’environnement et les ressources en eau mérite une surveillance particulière.
Le terme PFAS désigne une très grande famille de substances fluorées aux propriétés et aux usages très différents.
Depuis 2021, l’OCDE utilise une définition structurelle large des PFAS afin de mieux couvrir l’ensemble de ces substances. Selon cette approche, certaines molécules fluorées utilisées comme fluides frigorigènes peuvent entrer dans ce périmètre, en fonction de leur structure chimique.
Le TFA fait lui aussi partie des substances aujourd’hui examinées dans le cadre des discussions européennes sur les PFAS. L’ECHA l’intègre d’ailleurs à ses travaux consacrés à cette famille et a adopté en juin 2026 un avis spécifique sur sa classification.
Mais il faut éviter un raccourci :
« PFAS » ne signifie pas que toutes les substances concernées ont exactement les mêmes propriétés ou les mêmes niveaux de risque.
La famille est extrêmement vaste, et les profils peuvent être très différents selon les molécules.
Ce qui intéresse particulièrement les autorités européennes, c’est la persistance de ces substances dans l’environnement et la possibilité d’une contamination durable de l’eau, des sols et de certains écosystèmes.
Oui. Une proposition de restriction très large des PFAS est en cours d’évaluation au niveau européen dans le cadre du règlement REACH.
Elle couvre de nombreux secteurs d’utilisation, y compris les applications utilisant des gaz fluorés, ce qui concerne directement le secteur du froid et de la climatisation.
En mars 2026, le comité d’évaluation des risques de l’ECHA a adopté son avis sur la proposition. Le comité d’analyse socio-économique a également soutenu le principe d’une restriction assortie de dérogations ciblées selon certains usages.
À ce stade, cela ne signifie donc pas que :
« tous les HFO vont être interdits ».
Le processus réglementaire n’est pas terminé et les modalités finales peuvent encore évoluer.
La décision finale reviendra à la Commission européenne avec les États membres, à l’issue du processus d’évaluation.
Pour les professionnels du froid, le bon réflexe est donc de suivre l’évolution du cadre réglementaire sans anticiper une interdiction générale qui n’existe pas aujourd’hui.
Pour les frigoristes et les climaticiens, ces évolutions ne signifient pas qu’il faut cesser d’utiliser les HFO du jour au lendemain.
Elles rappellent surtout une chose essentielle : un fluide à très faible GWP doit malgré tout être manipulé avec rigueur.
Les bonnes pratiques restent donc les mêmes :
Le règlement européen F-Gaz (UE) 2024/573 intègre plusieurs HFO dans son périmètre et prévoit différentes obligations selon les substances et les équipements concernés.
Pour les professionnels, le message est donc simple :
faible GWP ne signifie pas absence de contrainte ni absence d’impact environnemental.
Le choix et la manipulation d’un fluide doivent toujours tenir compte de plusieurs critères : performance, sécurité, réglementation, inflammabilité et impact environnemental.
Les HFO présentent un très faible GWP, mais certains peuvent contribuer à la formation de TFA lorsqu’ils se dégradent dans l’atmosphère.
Le TFA ne doit pas être confondu avec le phénomène historique des pluies acides, principalement lié aux émissions de soufre et d’oxydes d’azote.
En revanche, le TFA est une substance très persistante et très mobile, aujourd’hui davantage étudiée pour ses effets environnementaux et ses propriétés toxicologiques.
Les discussions européennes autour des PFAS et du TFA continuent d’évoluer.
Pour les professionnels du froid, la priorité reste claire :
prévenir les fuites → récupérer les fluides → éviter les rejets → suivre l’évolution des connaissances et de la réglementation.
Chez Climlab, nous avons à cœur de partager une information fiable, actualisée et compréhensible, même lorsque les connaissances scientifiques et réglementaires évoluent.
Cette édition mise à jour de La Lettre de Seb en est un bon exemple : certaines conclusions qui paraissaient établies en 2025 doivent aujourd’hui être nuancées à la lumière des nouvelles données disponibles.
C’est aussi le rôle de notre veille : suivre ces évolutions, les remettre en contexte et aider les professionnels du froid et de la climatisation à comprendre ce qu’elles changent réellement pour leur métier.
📅 Rendez-vous dans une prochaine Lettre de Seb pour un nouvel éclairage technique signé Sébastien Paulin.
Foire aux questions
Non, pas au sens du phénomène historique des pluies acides. Celui-ci est principalement lié aux émissions de SO₂ et de NOx, qui peuvent former notamment de l’acide sulfurique et de l’acide nitrique dans l’atmosphère. Certains HFO peuvent en revanche contribuer à la formation de TFA, qui peut être retrouvé dans les précipitations : ce sont deux phénomènes différents.
Le TFA, ou acide trifluoroacétique, est une substance fluorée très persistante et très mobile dans l’environnement. Il peut notamment se former lors de la dégradation atmosphérique de certains composés fluorés, dont le R1234yf. Les concentrations environnementales observées peuvent toutefois avoir plusieurs origines et ne doivent pas être attribuées automatiquement aux seuls fluides frigorigènes.
Le TFA fait aujourd’hui l’objet d’une attention accrue en raison de sa persistance, de sa mobilité dans l’eau et de ses propriétés toxicologiques. En juin 2026, le comité RAC de l’ECHA a recommandé sa classification comme toxique pour la reproduction de catégorie 1B, ainsi que comme substance PMT et vPvM. Cette recommandation concerne ses propriétés de danger et ne signifie pas que toutes les concentrations mesurées dans l’environnement entraînent automatiquement un risque.
Il est trop tôt pour l’affirmer. Une proposition européenne de restriction large des PFAS est toujours en cours d’évaluation et les applications utilisant des gaz fluorés, dont la réfrigération et la climatisation, font partie des usages étudiés. Le processus prévoit également l’examen de dérogations ciblées selon les usages.
Oui, lorsque leur utilisation est autorisée et dans le respect des règles applicables. Pour les professionnels, la priorité reste de prévenir les fuites, récupérer correctement les fluides, éviter les rejets volontaires et suivre l’évolution de la réglementation. Le débat actuel sur le TFA et les PFAS ne doit donc ni être ignoré, ni être interprété comme une interdiction générale déjà décidée.